« L’exception sénégalaise » au colloque à Thiès

A quelques jours de la clôture du jubilé d’or du diocèse de Thiès, le Comité de pilotage a organisé un deuxième colloque sur le thème : « Diocèse de Thiès, terre de dialogue islamo-chrétien ». La cérémonie d’ouverture a eu lieu ce mardi 12 Novembre à la paroisse Marie Reine. Marie dans la Bible et Marie dans le Coran. Telle est, au fond, cette figure commune dont les qualités ont été redécouvertes de part et d’autre afin de développer ensemble une culture du dialogue, de la rencontre et de la fraternité islamo-chrétienne.

La cérémonie d’ouverture officielle du colloque a été rehaussée par la présence de tous les évêques du Sénégal, de la Mauritanie, de la Guinée-Bissau et du Cap Vert qui sont en session ordinaire à Thiès du 11 au 18 Novembre. Beaucoup de guides religieux représentant différentes familles religieuses musulmanes du Sénégal ont participé à ce colloque. Venu de la France, le représentant de l’Association « Ensemble avec Marie », est heureux de fouler le sol du pays de la teranga pour parler du projet de rencontre islamo-chrétienne.

De l’écoute de toutes les prises de parole, il résulte que « le plus important ce ne sont pas les belles conférences mais l’amitié créée » par la rencontre enrichissante que le colloque a  rendu possible. Cette diversité de participants venus d’un peu partout du pays traduit éloquemment « l’exception sénégalaise ».

Il faut dire que « l’exception sénégalaise » prend appui sur le « dialogue de la vie » et  le « dialogue des œuvres », à savoir :

  • la tradition (āda) de l’hospitalité (teranga)
  • les mariages à disparité de culte
  • le brassage biologique et culturel
  • le cousinage à plaisanterie
  • la convivialité et la fraternité
  • les cimetières communs

La conscience d’appartenir à une même Nation est à verser dans le débat. Cette conscience a fait sans doute que Léopold Sédar Senghor est devenu le premier président élu par les Sénégalais, sans distinction de religion. Hasard, coïncidence ou Providence ? En tous les cas, ses deux successeurs à la tête de l’Etat ont eu chacun une épouse de tradition ou de religion chrétienne. Cette autre dimension de « l’exception sénégalaise » n’a pas laissé le « dialogue institutionnel » indifférent.

Force est de  reconnaître que le Sénégal est un modèle. Des personnalités éminentes ont été citées en exemples au colloque, dont les noms résonnent comme un écho lorsqu’on évoque le dialogue islamo-chrétien. Du nombre de celles-là : Cardinal Hyacinthe Thiandoum, Seurigne Seydou Nourou Tall, Abbé Jacques Seck, Seurigne Alpha Thiombane. Tant de piliers du « dialogue spirituel » qui ont été témoins respectueux, non pas du fait de « prier ensemble » mais d’être « ensemble pour prier » devant « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses… » (Concile Vatican II).

La prière est une des composantes essentielles du dialogue. Sans être prophète de malheur, il est bon de reconnaître avec lucidité que les Sénégalais ne sont pas à l’abri toujours et partout, qui plus est, au regard de la récente actualité socioreligieuse politisée : le port du voile à l’école privée catholique a occasionné des propos malveillants et a mis mal à l’aise plus d’un, à tort ou à raison. D’où l’importance du Colloque, entre autres initiatives en faveur du dialogue.

Les participants au colloque ont découvert plus clairement que « le dialogue n’est pas facultatif mais constitutif ». Le dialogue est une mission ; Une mission qui continue et se renforce aussi dans les invitations réciproques aux événements religieux tels que le pèlerinage marial à Mont-Rolland ou à Popenguine et dans les visites aux familles religieuses musulmanes établies à Tivaouane, Touba, Pire, Ndiassane et un peu partout dans le diocèse de Thiès.

Avant de déclarer ouvert le colloque, l’évêque de Thiès a tenu des propos qui ont éclairé et guidé les conférences, panels et débats qui ont suivi. En effet, pour Mgr André Gueye, « si les textes révélés ont une valeur incontestable, nous les croyants avons besoin de lumières divines pour bien saisir ce qu’ils signifient, à cause justement de leur caractère sacré. C’est pourquoi, en plus de l’étude, la prière est un moyen indispensable pour entrer dans la compréhension de ces textes ».

Les conférences données tour à tour par l’Abbé Louis Pasteur Faye (prêtre diocésain) et Mme Marie Diaw (de la confrérie mouride), à partir des textes dits « sacrés » n’ont pas seulement fait l’objet de « dialogue théologique ». Elles ont développé des qualités de Marie qui ont fini par montrer que celle-ci est figure commune et fédératrice. Elle n’appartient pas à la religion chrétienne ni à celle musulmane exclusivement. Autant dire que Marie est devenue plus que jamais un terrain de rencontre, un trait-d’union entre les Chrétiens et les Musulmans du Sénégal ; pays cité en exemple partout dans le monde.

Que Dieu bénisse encore « l’exception sénégalaise » dont le Diocèse de Thiès est une vitrine !

 

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