05 prêtres aux 50 ans !

Le curé de Ngohé l’avait demandé, l’évêque de Thiès l’accordé. Les diocésains ont quitté la ville pour aller en "périphérie". Ainsi, la paroisse Sainte Famille de Ngohé a accueilli avec enthousiasme, ce Samedi 9 Novembre, la célébration de la messe d’ordination des abbés : Victor Gérard Tine (Pandiènou-Léhar), Rémy Diégane Ndiaye (Cathédrale Sainte Anne), Raphaël Faye (Fandène) ; Charles Diana Diouf et Henri Sy (Ngohé). 05 nouveaux prêtres pour les 50 ans du diocèse ! Voici l’intégralité de l’homélie de Mgr André Gueye adressée surtout aux "prêtres du jubilé" qu'il appelle affectueusement ses fils.

Chers fils Charles Diana, Raphaël, Henry, Victor Gérard et Rémy.

Il n’est pas besoin de beaucoup de paroles en ce jour. Vous vivez un moment très important de votre vie. Et même le plus important, car désormais votre vie prend une nouvelle direction, celle que le Christ vous a indiquée et que vous avez généreusement accepté d’emprunter. Laissez-vous saisir par l’émotion, prenant conscience de ce que vous êtes dès aujourd’hui : Prêtres de Jésus-Christ serviteur du Christ de l’église serviteur des hommes. Entrez dans le mystère du Sacerdoce, choix et don gratuit du Seigneur, pour vous associer à sa vie et à sa mission. En lisant vos demandes d’ordination presbytérale, j’ai senti la pleine conscience que vous avez du sacerdoce. Que cette conscience habite toute votre vie, tout votre être et tout votre agir.

Chers fils, vous avez un grand privilège, vous recevez une grâce particulière, en cette année de grâce, année jubilaire de notre diocèse. Avec vous, avec votre ordination, nous recueillons déjà, comme une des premières grâces de cette année jubilaire : 5 nouveaux prêtres ! Vous êtes les prêtres du jubilé. Quel honneur ! Quel privilège! Mais aussi quelle responsabilité et quel engagement ! Il vous revient, chers fils, de prendre le relais. À vous de porter le flambeau de l’évangélisation avec générosité et abnégation, comme les vaillants missionnaires qui nous ont apporté l’Evangile, comme les aînés d’hier qui ont consolidé la foi et construit nos communautés, avec tous ceux et celles qui sont aujourd’hui engagés dans la mission de l’Eglise, comme le mois missionnaire vient de le nous rappeler : « baptisés et envoyés » ; encore plus pour vous aujourd’hui : « ordonnés et envoyés ». Pour ce faire, je vous propose de méditer sur ces 4 vertus, indispensables pour la mission : le courage, la confiance, la pauvreté, l’obéissance.

En effet s’il incombe à tous les baptisés d’être missionnaires, les prêtres que vous êtes, que nous sommes, doivent être au front de la mission. Ne laissez jamais mourir en vous l’ardeur missionnaire. Cela veut dire : soyez toujours prêts à partir, là où la mission vous appelle ; cela veut dire ayez le courage du travail pastoral, et fuyez toute paresse et toute mollesse ; toute vanité et tout orgueil ; ne soyez pas installés comme sur un divan (cf. Pape François aux jeunes) ; ne vous laissez pas aller dans de mauvaises habitudes qui finiront par vous voler votre dynamisme et votre identité sacerdotale. Soyez humbles et simples ; et pour reprendre l’apôtre Pierre : Soyez sobres et vigilants (1 P 5,8) et l’apôtre Paul à Timothée : ne néglige pas le don spirituel qui est en toi ! Veille sur toi et sur ton enseignement (cf. 1 Tim 4, 14-16). Nous tous, prêtres, avons besoin de réentendre ces exhortations pour réveiller en nous le don spirituel que nous avons reçu le jour le jour de notre ordination. Soyez courageux dans le ministère !

Au courage j’ajoute la confiance en celui qui vous appelle aujourd’hui à son service. Une confiance absolue, quelles que soient les situations difficiles que nous vivons, les épreuves que nous traversons, les obstacles que nous rencontrons et que nous devons considérer comme une adhésion, une participation à la Croix du Christ. Il n’y a pas de mission, il n’y a pas de sacerdoce sans croix, car il s’agit d’aimer le Christ et d’aimer le service. Il s’agit de suivre et de prendre comme modèle le Fils de l’Homme qui est venu pour servir et donner sa vie. Cela, chers fils, ne l’oubliez jamais. On est prêtre pour être heureux certes, mais pas pour le confort, la tranquillité et la facilité. Ne vivez pas dans l’illusion ; vous ne tarderez d’ailleurs pas à déchanter, si tel était le cas. Mais ne manquez jamais de confiance comme le Christ l’a dit : ayez confiance, gardez courage, car j’ai vaincu le monde (Jn. 16,33) ; ou encore : Même les cheveux de votre tête sont comptés ! Soyez donc sans crainte (Mt 10, 30-31). C’est la croix des épreuves.

La croix c’est aussi celle de la pauvreté dans votre vie. La confiance dont nous venons de parler suppose la conscience de sa pauvreté et de ses limites non seulement subjectives, personnelles, mais aussi objectives. Pauvreté et limites que nous sentons très amèrement, lorsque les moyens ne suivent pas. Cela peut décourager, je le sais, mais le Fils de l’Homme n’avait pas là où reposer la tête (Mt 8,20). Chers fils, intégrez cette dimension dans votre vie et dans votre ministère et vous ne serez pas déçus ni surpris. C’est La dimension de la pauvreté, du manque et de la précarité. Cependant celui qui nous envoie sait de quoi nous avons besoin ; le travail c’est son travail et son Esprit est notre force. Alors, ayez confiance et offrez votre pauvreté à celui qui est riche en grâces.

Une autre disposition sur laquelle j’insiste, c’est l’obéissance qui, comme vous le savez, est essentielle pour le sacerdoce. La promesse que vous allez faire tout à l’heure n’est pas un simple rite complémentaire. Elle est un engagement sérieux, qui doit se traduire dans votre vie de tous les jours : obéissance au Seigneur qui vous appelle et qui vous envoie, par l’intermédiaire de ceux qui en ont la lourde responsabilité. Obéissance au Seigneur qui, le premier, s’est fait obéissant à la volonté du Père de sauver les hommes jusqu’à mourir sur la Croix : voilà le sommet de l’obéissance. Pour servir, pour être prêtre, pour être envoyé, pour être missionnaire, il faut être obéissant et patient.

Une telle obéissance est la condition même de la charité pastorale dont vous avez tous fait allusion dans vos demandes. Vous savez ce qu’elle signifie cette charité pastorale. C’est le don total de soi ; c’est l’amour du service, à l’instar du fils de l’Homme. Donc, allez jusqu’au bout du service, jusqu’au bout de l’amour du sacerdoce. À ce propos votre prédicateur m’a partagé l’exhortation que vous a donnée le Père Abbé qui vous a rendu visite pendant votre retraite, à savoir : en substance, soyez cohérents ; vivez dans la vérité avec vous-mêmes devant Dieu : pas de vie privée ! C’est cela le témoignage de ce que vous êtes, que nos chrétiens et le monde actuel attendent beaucoup de nous. Que de reproches faits aux prêtres quant à leur style de vie et leur témoignage de vie ! Pas de « c’est ma vie privée » ! Non !

Le Pape demande d’ailleurs à tous les responsables d’être très vigilants et rigoureux dans la sélection des vocations, pour prévenir autant que possible toutes formes de déviations, de contre-témoignages et d’abus. Si je vous ai fait confiance, chers fils, je vous le demande solennellement : méritez cette confiance ; soyez à la hauteur, certes par l’effort personnel, mais surtout et avant tout par la conversion, la pénitence et la prière personnelle, sans oublier le soutien de la vie fraternelle. Oui, la fraternité sacerdotale et un des piliers de la vie et du ministère des prêtres. Ayez des amis prêtres qui vous aident ; soyez des amis de bons amis dans la vérité et dans le bien et ne soyez pas des complices.

Aujourd’hui l’Eglise fête la dédicace la basilique du Latran, la cathédrale du Pape à Rome. C’est l’occasion pour vous, cher fils, de réaffirmer votre amour pour l’Eglise pour participer activement à sa construction, en communion avec le Pape et ses collaborateurs ; en communion avec votre Evêque et tout le presbyterium.

Aimer l’Eglise, c’est aimer le peuple qui vous sera confié. Être solidaire au peuple, être proche de lui, partager sa vie, ses préoccupations, apaiser ses craintes et montrer le bon chemin. Pour cela il est nécessaire de mettre le souci, le bien du peuple, au-dessus de tout, avant tout. Là se trouve la vraie urgence avant nos loisirs et notre programme personnel. C’est la disponibilité et le dévouement total pour le peuple. Être là pour le peuple pour le nourrir du pain de la parole et de la grâce des sacrements. La symbolique de l’eau dans la première lecture représente la force et les bienfaits des sacrements.

En effet par la bouche du prophète Ézéchiel, ce sont les sacrements qui sont préfigurés dans leur grâce qui purifie, vivifie, nourrit et fait fructifier. Cette eau qui coule du côté droit du sanctuaire représente tous les sacrements qui jaillissent du cœur de Jésus, porteurs de vie et de grâce, de pardon et de paix de bonheur et de joie, de guérison et de miséricorde. C’est vous, chers fils, qui en êtes les intendants au nom de l’église. Prenez donc bien garde, pour que le peuple n’en manque jamais, en sachant comme le Pape le déclare que vous n’êtes par les maîtres et les contrôleurs de la grâce, mais seulement les facilitateurs (cf. EV, 47). Sinon vous courrez le risque de la fougue de Jésus contre tous ceux qui instrumentalisent le temple, le sacerdoce ou les sacrements, comme nous venons de l’entendre dans la page d’Évangile. Ne confondez pas la puissance sacramentelle avec le pouvoir ; non, ce pouvoir de conférer les sacrements est un service qui nous appelle à l’humilité, la gratuité, la disponibilité et à la sainteté de notre vie.

Oui la sainteté : voilà le chemin du sacerdoce. Laissez Jésus vous le dire : ne faites pas de la maison de mon Père un repère de bandits. Et je me permets de nous l’appliquer : ne faites pas du sacerdoce un moyen de pouvoir social, psychologique, économique, affectif : c’est cela la source de toutes les déviations. Ne jouez pas avec les choses sacrées ; ne vous laissez pas compromettre ni corrompre par l’argent, par les relations de toutes sortes, par les avantages de toutes sortes. Gardez votre dignité et votre identité. Ne troquez pas la Bonne Nouvelle du Seigneur ressuscité, qui vit et règne pour les siècles des siècles. Amen !

 

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